Mélodie
A partir de la fin du XVIème siècle, le discours musical se polarise autours de la mélodie et de son accompagnement. Dans les camerate italiennes (ces assemblées réunissant des penseurs humanistes), musiciens et poètes influencés par l'antiquité grecque se mettent en quête d'une meilleure compréhension des textes et de leurs affetti (les affects, les sentiments). Leur réflexion conduit à une rupture avec l'organisation polyphonique (à plusieurs voix) jusqu'alors en vigueur dans le langage musical. L'invention, au tournant du XVIème siècle, de la Basse Continue, permet l'émancipation du registre aigu.
Les compositeurs classiques firent de la mélodie l'élément premier de la dramaturgie musicale, le vecteur des sentiments éprouvés par l'auditeur. Rousseau note ainsi dans ses Ecrits sur la musique, que la mélodie est à la musique ce que le dessin est à la peinture, tandis que l'harmonie se rapproche de la couleur.
Au XXème siècle, la mélodie se détache progressivement de la tonalité. Sous l'influence de la Seconde Ecole de Vienne menée par Schoenberg, Berg et Webern, mélodie et orchestre deviennent un tout indissociable, la couleur mélodique provenant d'abord des coloris orchestraux. Et les compositeurs viennois de qualifier leur invention de "klangfarbenmelodie" : mélodie de timbres et de couleurs. A la même époque en Hongrie, Belà Bartok et Zoltan Kodàly séparent eux aussi la mélodie du discours tonal en revenant aux sources populaires et à la modalité.
Charlotte Ginot-Slacik