Mélodie

A partir de la fin du XVIème siècle, le discours musical se polarise autours de la mélodie et  de son accompagnement. Dans les camerate italiennes (ces assemblées réunissant des penseurs humanistes), musiciens et  poètes influencés par l'antiquité grecque se mettent en quête d'une meilleure compréhension des textes et de leurs affetti (les affects, les sentiments). Leur réflexion conduit à une rupture avec l'organisation polyphonique (à plusieurs voix) jusqu'alors en vigueur dans le langage musical. L'invention, au tournant du XVIème siècle, de la Basse Continue, permet l'émancipation du registre aigu.
Les compositeurs classiques firent de la mélodie l'élément premier de la dramaturgie musicale, le vecteur des sentiments éprouvés par l'auditeur. Rousseau note ainsi dans ses Ecrits sur la musique, que la mélodie est à la musique ce que le dessin est à la peinture, tandis que l'harmonie se rapproche de la couleur.
Au XXème siècle, la mélodie se détache progressivement de la tonalité. Sous l'influence de la Seconde Ecole de Vienne menée par Schoenberg, Berg et Webern, mélodie et orchestre deviennent un tout indissociable, la couleur mélodique provenant d'abord des coloris orchestraux. Et les compositeurs viennois de qualifier leur invention de "klangfarbenmelodie" : mélodie de timbres et de couleurs. A la même époque en Hongrie, Belà Bartok et Zoltan Kodàly séparent eux aussi la mélodie du discours tonal en revenant aux sources populaires et à la modalité.

A la mélodie comme forme, s'adjoint la mélodie comme genre. Pendant français du Lied germanique, la mélodie trouve son plein essor à la fin du romantisme. En 1841, Berlioz, grand admirateur de ses contemporains allemands livrait ses Nuits d'été pour mezzo-soprano et orchestre sur des poèmes de Théophile Gautier. Trente ans plus tard, la collaboration entre poètes symbolistes et musiciens permet l'apogée du genre. La quête d'un langage musical autant que poétique, omniprésente dans l'œuvre des poètes français, suscite l'intérêt de Fauré, Chausson, Debussy ou Ravel. Leurs mélodies au carrefour de la langue et du son, s'imposent comme l'acmé du symbolisme, participant ainsi au renouveau de la musique française.


Charlotte Ginot-Slacik